Revue de presse LE NOUVELLISTE, par Christophe Spahr

 

 

Claude-Alain et Samuel Gailland, deux frères originaires du Val de Bagnes, tenteront d’établir un record du monde WUCA (World UltraCycling Association) sur la piste du Centre mondial du cyclisme à Aigle, entre mardi et mercredi. Ils espèrent rouler, en relais, durant 24 heures non-stop et à la moyenne de 40 km/h.

 

Claude-Alain Gailland, 45 ans, prend son rôle de grand frère très au sérieux. Au point qu’il a inspiré Samuel, deux ans plus jeune, à accrocher sa roue. Au propre comme au figuré. Autant l’aîné était déjà un sportif accompli, guide de montagne de profession, alpiniste et aventurier dans l’âme, autant le cadet n’était pas particulièrement attiré par l’effort physique, les longues distances tout au moins. Or, les deux frangins rivalisent désormais d’imagination pour repousser leurs limites. « Mes maîtres ont eu pour noms Mike Horn et Jean Troillet », relève Claude-Alain Gailland. « Tant mieux si j’ai pu jouer le même rôle, à un autre niveau, auprès de mon frère. »

Ils entretiennent leur forme sur la piste. Leur dernier projet ? Il s’agit d’un défi sportif sur la piste du CMC d’Aigle, assorti d’une tentative de record du monde qui sera dûment validée par trois officiels. Durant 24 heures, ils se relaieront à raison de tranches de quinze minutes, à la moyenne idéale du 40 km/h, afin de respecter une certaine intensité. « Le but premier, ce n’est pas tant de réaliser une performance et de l’inscrire quelque part », précise Samuel Gailland. « C’est surtout de partager des moments entre nous. Depuis septembre, nous nous entraînons trois fois par semaine sur la piste. C’est un exercice très spécifique mais qui ne nous est pas étranger non plus. Voilà cinq ans que nous pédalons régulièrement, l’hiver, afin de maintenir la forme. »

 

"Quand on roule, on s'immisce dans un monde parallèle." Samuel Gailland, cyclosportif accompli

 

Il y a une - petite -  part d’inconnu dans ce défi. Sinon, les frères Gailland maîtrisent de nombreux paramètres. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai. En mai, ils avaient remporté en duo une manche de la Coupe du monde d’ultracyclisme au Danemark. Ils avaient avalé 850 kilomètres et 5200 mètres de dénivelé en 36 heures. « Le sommeil, la nutrition dans le temps, l’effort en lui-même ne nous inquiètent pas trop », assure l’aîné. « Lorsque j’avais réalisé le tour du Valais en 78 heures, 1200 kilomètres, j’avais roulé à basse intensité. Là, ce sera bien plus rythmé. La piste, c’est technique, exigeant et rapide. Il n’y a pas d’effort plus pur à vélo. C’est une véritable aventure intérieure, au propre comme au figuré. A priori, ça peut paraître ennuyeux de tourner en rond durant 24 heures. En réalité, c’est plus ludique que ça. C’est l’occasion de s’enfermer dans une bulle et de s’échapper de toute autre considération.

 

960 kilomètres en 24 heures, l'objectif que se sont fixé les frères Gailland entre mardi 18 décembre, 12 heures, et mercredi 19 décembre, 12 heures. C'est à peu près la distance entre Sion et Barcelone. Vu comme ça, c'est évidemment impressionnant. Les conditions de la piste ne sont bien entendu pas comparables au bitume. "Le bois est lisse, il rend bien" expliquent-ils. "C'est plus roulant. Il n'y a pas de vent, pas dénivelé."

 

L’intendance d’abord, le vélo ensuite. Le déclic, entre eux qui avaient jusque-là des rapports normaux, s’est produit en 2015. Samuel Gailland avait assuré l’intendance de son frère lors de son périple à vélo à travers le canton. C’est en le suivant à distance que le cadet a eu envie de monter, lui aussi, sur un vélo. Très vite, il s’est mis à rouler jusqu’à tenter de le suivre. « Je partais de loin, autant en technique qu’en endurance », sourit-il. « Mais il y a probablement un gène familial parce que j’y ai pris goût très vite. Trois ans plus tard, je l’accompagnais au Danemark. J’ai découvert et aimé en même temps cette expérience. C’est une sensation assez extraordinaire, l’occasion de se découvrir. J’ai envie de dire qu’en roulant, on s’immisce dans un monde parallèle. » « En termes de performance, il m’a même rattrapé », assure Claude-Alain Gailland. « En début d’entraînement, c’est même lui qui assure le tempo. »

 

"La course, c'est presque un alibi pour se retrouver." Claude-Alain Gailland, cyclosportif accompli

 

Une leçon d’humilité au contact de Belges. L’aîné s’était pris au jeu voilà quinze ans. Des clients belges l’ont invité à rouler à leurs côtés. « J’ai pris une leçon d’humilité parce que je n’avais pas réussi à les suivre », se souvient-il. « Ca m’avait titillé parce que j’étais déjà bien aguerri à l’effort, en montagne notamment. Mais à vélo, je bitais contre un mur après quatre heures d’effort. Je me suis donc entraîné en conséquence pour être moins ridicule. »

La question essentielle de leur démarche commune revient sans cesse. Elle résonne d’ailleurs dans leur tête. « Pourquoi faites-vous ça ? » rigolent-ils. « La réponse est simple. C’est parce qu’on a un plaisir fou à se retrouver, entre frères, à partager des moments et à réaliser des défis. » Claude-Alain Gailland précise sa pensée. « J’ai couru beaucoup d’épreuves de longues distances, tout seul. D’être associé à mon frère est incomparable. Le plaisir est multiplié par deux. Soyons francs ! La course, c’est presque un alibi à nos rencontres. C’est une carotte. Ici, par exemple, les trois mois de préparation sont probablement plus forts que la tentative en elle-même. » Un dernier rêve un peu fou peut-être ? « Nous aimerions dépasser les 1000 kilomètres sur la route, sans assistance » répliquent-ils, tout à fait sérieusement. « A deux, ce serait plus sympa. »

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